Quand j’étais petite, j’étais un « pétassou ».
Un pétassou, dans mon patois lozérien, c’est un bout de pétass, qui n’a rien à voir avec son vulgaire homonyme féminin. Un pétass, c’est un chiffon, une « pille », un bout de tissu, et moi, et nous les gamins, nous étions des pétassous.
Pas que nous fussions des moins que pas grand-chose, des bouts sans intérêt.
Loin de là, non.
Dans ce suffixe en « ou », on ne trouvait rien de péjoratif, mais toute la tendresse des anciens qui nous nommaient ainsi, et surtout, la gaieté de nos quelques jeunes années.
Un pétassou, ça ne tenait pas de place, c’était joyeux comme un début de printemps, vif comme une bise matinale. C’était un rire dans la cour de la ferme, une canaillerie de môme finalement pas si grave, une farce de galopin.
Et nous étions ces pétassous emplis de l’amour de ces vieillards aux cheveux blancs, qui grognaient parfois, sans jamais bien nous effrayer, et nous choyaient surtout de ces bouts de rien qui étaient des trésors à nos yeux.
Une pomme compotée pour le goûter, un bout de pain frais avec un carré de chocolat, une pachade sur le pouce, la porte du four de la cuisinière à bois ouverte pour nous y chauffer les pieds gelés par la neige, un lait chaud tout juste sorti du pis de la vache, avec en sourdine, « Les chiffres et les lettres » puis bientôt, les infos régionales sur la 3, calés dans un fauteuil merveilleusement douillet, juste à côté bien sur, de la Rozière sur laquelle mijotait maintenant la soupe du soir.
Comme tous les pétassous, nous avions des appétits fluctuant selon nos activités du jour. Et comme en général, la course dans le pré, la traite des vaches à laquelle nous avions assisté au sortir de l’école, les devoirs vite expédiés et tous nos jeux de gamins nous ouvraient finalement grand l’estomac, nous étions des petits bouts avec une étonnante capacité d’engloutissement.
On n’aurait manqué pour rien la soupe de pot au feu dans laquelle on adorait laisser tremper le pain rassis, la tranche de saucisson qui nous faisait patienter le temps du trempage, l’omelette du soir et le bout de fromage qui clôturait le festin, avec un morceau de pomme ou de poire du verger, ou de la confiture préparée l’été d’avant.
Et comme les pétassous ce n'est pas bien encombrant, il était facile d’en glisser deux dans le lit de la Tata Germaine, sous un édredon moelleux à souhait, la brique posée dans le four le temps du repas, enveloppée dans un linge et glissée au fond du lit pour nous chauffer les pieds, crucifix au dessus des têtes enfouies dans des oreillers de plume, prière récitée et parés pour le sommeil.
Souvenirs d’enfance extraordinaires glanés
au fil des ans et de l’amour des miens, au coin de la cour, là bas, à côté de la fontaine et du bac de granit où je jouais lorsque j’étais encore un tout petit bout de pas grand-chose…..
J’ai adoré être un pétassou.
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