Le rituel est immuable. Il est en marche déjà depuis quelques jours, « on » y pense et le prépare dans le plus grand secret, pour que la surprise soit totale bien évidemment.
Ce matin là, je ne me lève pas.
« Maman, demain tu te reposes ! » a décrété ma fille dans sa grande mansuétude, me permettant ainsi une grasse matinée , il est vrai bien rare depuis que je suis devenue sa mère.
Alors, je suis restée dans mon lit, sous la couette à la douce chaleur ronronnante, lovée dans une torpeur bienfaisante, yeux mi-clos, esprit vagabond, une main sous ma joue, un sourire de contentement aux lèvres.
J’ai entendu des petits pas de souris descendre discrètement au salon, senti le Papa de ma fille se lever promptement, gardé les paupières baissées, en gage de docilité ensommeillée, et ai écouté les bruits de la maison qui s’éveillait gaiement.
Un chuchotement, des pas de velours, un petit rire, je reste allongée et goûte à la mélodie des préparatifs. Ici une tasse ou un verre qui sonne, une odeur de pain grillé, des va et viens assourdis, la cafetière qui gargouille, une porte qui s’ouvre et se ferme, on murmure, pas d’éclats de voix, chut, maman dort encore.
Je frôle dans un lent mouvement la douceur ouaté du drap qui glisse sur mes pieds, découvre un recoin très frais tout au fond du lit et me recroqueville dans mon espace climatisé à la juste température de ma langueur, mes idées s’égarent, errent sans but précis.
Une pensée sur l’origine de cette fête m’irrite un peu. Au diable Pétain et ses sbires, aujourd’hui ma conscience de citoyenne s’efface lâchement devant les yeux pétillants de ma fille qui me découvriront tout à l’heure presque encore endormie pour de vrai.
Je préfère penser à l’excitation d’une enfant de cinq ans qui s’émerveille de cette journée tant attendue, qui a créé de ses menottes un objet aux couleurs invraisemblables, rien que pour sa maman, et qui devient la complice de son papa pour quelques heures particulières.
Je profite de ces derniers instants de repos.
Bientôt, je vais entendre les mêmes pas de souris monter l’escalier, la porte de la chambre s’ouvrira, Marie s’approchera en laissant échapper un petit rire pointu signal du réveil, la lampe de chevet initiera le début de la cérémonie du lever, suivie par les volets que l’on entrouvre, Papa Raph portera le plateau du petit déjeuner avec café au lait, jus de fruits, toasts, beurre et confiture agencés de manière à laisser tout de même la place pour la rose ou la branche de lilas cueillie au jardin ce matin, je me redresserai et d’un immense sourire de maman comblée, remercierai pour ce repas de reine, jusqu’à ce que Marie n’y tenant plus, lance un tonitruant :
« Bonne fête Maman ! » et m’offre le cadeau préparé avec tant d’amour.
Encore quelques secondes….
Tip tap, tip tap, il est l’heure.
Tip tap tip tap, l’escalier grince juste assez pour que mon cœur se gonfle de bonheur.
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